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Mesurer l'impact carbone de la rénovation

Bas Carbone
ECRIT PAR 
Antoine Calcagno
DATE DE PUBLICATION  
12/2025

Réduire l’empreinte carbone du bâtiment ne se résume plus à “mieux isoler”. À mesure que les bâtiments deviennent plus performants sur le plan énergétique, une part croissante des émissions provient des matériaux, du chantier et de la fin de vie. Sur un bâtiment neuf déjà performant, ces phases peuvent représenter 60 à 90 % de l’impact sur 50 ans. Dans ce contexte, la question “démolir et reconstruire” versus “réhabiliter” devient centrale, notamment depuis la RE2020 qui structure le débat autour de l’ACV et de l’indicateur Icconstruction.

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Une ACV bâtiment additionne les émissions sur l’ensemble du cycle de vie : fabrication des produits, transport, chantier, remplacements, fin de vie, etc. Les résultats dépendent fortement du périmètre et des hypothèses retenues, par exemple la durée de vie, les lots remplacés ou le niveau de conservation de l’existant. Pour raisonner juste, il est donc essentiel de comparer deux scénarios à programme équivalent : mêmes surfaces, mêmes usages et mêmes niveaux de performance, mais des choix constructifs différents. C’est à cette condition que l’on peut isoler l’effet réel d’une réhabilitation par rapport à un neuf.

Bâtiment ILLUMINE avant réhabilitation ©mvilobach

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Le projet ILLUMINE situé au 25/27 rue Tolbiac Paris XIII, porté par Monsieur Vilo Bach Architecture pour VINCI Immobilier, offre un cas d’étude particulièrement instructif. LAAD ARCHITECTURE a été sollicité pour calculer l’Icconstruction d’une réhabilitation lourde d’environ 7 500 m² et proposer une comparaison avec une construction neuve équivalente. L’étude met ainsi en regard deux “bâtiments jumeaux” : un scénario A de rénovation lourde, reposant sur une conservation structurante, et un scénario B de bâtiment neuf équivalent, avec les mêmes surfaces, performances, finitions et une logique constructive comparable.

Bâtiment ILLUMINE après réhabilitation ©mvilobach

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Les résultats montrent un gain global d’environ -15 % pour la rénovation lourde par rapport au neuf, sur le total étudié. Ce gain est porté très largement par le gros œuvre. Dans l’étude, le poste gros œuvre atteint environ 360 t éq. CO₂ en rénovation, contre 848 à 850 t éq. CO₂ en neuf, soit environ ×2,35. Le détail est parlant : l’infrastructure passe d’environ 50 t éq. CO₂ en rénovation à environ 250 t éq. CO₂ en neuf (soit ≈ ×5), tandis que la superstructure passe d’environ 310 t éq. CO₂ à 600 t éq. CO₂ (soit ≈ ×2). En revanche, les lots techniques et le second œuvre pèsent très lourd et différencient peu les scénarios : le poste CET est de l’ordre de 1 800 t éq. CO₂ dans les deux cas, ce qui tend à “diluer” l’avantage acquis par la conservation du gros œuvre.

Diagramme comparatif des ACV

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C’est la principale leçon du cas ILLUMINE : la réhabilitation gagne d’abord grâce à la conservation de la structure et, plus encore, des fondations et de l’infrastructure. Mais si l’on reconstruit autour de cette structure un ensemble de lots techniques et de composants proches d’un bâtiment neuf, l’écart global se réduit. Autrement dit, garder la structure ne suffit pas si l’on “refait comme du neuf” tout ce qui accompagne le bâtiment. Pour amplifier le bénéfice carbone en réhabilitation, il faut donc agir à la fois sur le maintien de l’existant et sur la sobriété des lots remplacés.

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Les leviers les plus efficaces consistent d’abord à conserver au maximum l’infrastructure et la structure, en limitant les reprises, les démolitions lourdes et les reconstructions internes. Ensuite, la sobriété technique est déterminante : dimensionner au plus juste, éviter le sur-équipement, et privilégier des solutions robustes et faciles à maintenir, afin de limiter les impacts initiaux et les renouvellements futurs. Enfin, lorsque des lots doivent être remplacés, le choix de produits bas-carbone, l’intégration de réemploi lorsque c’est possible, et une stratégie de durabilité (éviter les remplacements prématurés) permettent de transformer un simple “gain structurel” en gain global nettement plus significatif.

Graphique identifiant les composants à fort impact carbone

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En conclusion, ILLUMINE rappelle une réalité utile et parfois contre-intuitive : la réhabilitation est un levier majeur de décarbonation, mais son efficacité dépend des arbitrages concrets, notamment sur les lots techniques et le second œuvre. L’ACV n’est pas un slogan ; c’est un outil d’aide à la décision qui rend les impacts lisibles, comparables et actionnables, pour concilier maintien de l’existant, sobriété constructive et qualité d’usage, projet après projet.

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